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Accompagner les étudiants : jusqu’où ?

29 juin 2009

accompagnementLa montée des incertitudes, tel est le titre du dernier ouvrage du sociologue Robert CASTEL (Ed. DEUIL, coll. La couleur des idées) sur les conséquences sociales et anthropologiques des mutations du travail.

Les jeunes sont tout particulièrement confrontés à cela pour plusieurs raisons :
•    Ils ne disposent pas de l’expérience acquise par les plus âgés pour faire face à ces évolutions.
•    Les entreprises font lourdement peser sur les nouveaux entrants les nouvelles méthodes et normes de travail, qui se trouvent parfois mal partagées entre salariés plus récents et salariés plus anciens.

L’analyse

Une des descriptions données par Robert CASTEL de ces mutations est puisée dans l’analyse proposée par Ulrich BECK :

« L’un des effets majeurs de cette onde de choc qui traverse de larges secteurs de l’emploi est le développement de ce que Beck appelle un « modèle biographique » : les itinéraires professionnels prennent fréquemment une allure chaotique et l’individu est plus souvent abandonné à lui-même, parce que son existence professionnelle n’est plus structurée  par des régulations objectives et permanentes. Il doit faire face à des situations imprévues, changer de trajectoire, bifurquer, souvent tenter des recompositions plus ou moins aléatoires. À partir de dérégulations qui affectent d’abord l’ordre du travail, l’individu est ainsi comme poussé sur le devant de la scène et conduit à se prendre lui-même en charge. Il est d’abord désaffilié et il doit tenter des réaffiliations dont le mode d’emploi n’est pas toujours donné d’avance, et pour lesquelles il ne dispose pas toujours des ressources suffisantes pour retomber sur ses pieds. Ces conjonctures incertaines et brouillées accroissent ainsi (…) les disparités entre individus. On conçoit que certains puissent se sentir « libérés » de réglementations, voire de protections pesantes, et soient désormais capables de développer leur esprit d’entreprise et de maximiser leurs chances, d’épouser en somme le rôle des gagneurs. Mais on oublie souvent d’ajouter que, sauf à se faire une conception anhistorique et substantialiste d’un individu doté a priori des pleins pouvoirs, ce n’est pas tout un chacun qui est capable de réagir ainsi. On retrouve ici le poids des déterminants sociologiques de base, la culture, l’éducation, l’héritage social, le niveau de qualification – ces différents types de « capitaux » au sens de Bourdieu, faute desquels la notion d’individu n’est qu’une coquille vide ou rêverie d’idéologue naïf. Pour les individus qui manquent de supports objectifs nécessaires pour exister positivement comme individus, le modèle biographique risque de virer au cauchemar biographique. ».

Ceci nous fait penser que

Un quasi-consensus semble exister dans notre société pour promouvoir l’autonomie des individus au rang de norme. Par contre, il est fort probable que cela n’a pas les mêmes implications pour tout le monde.

Si nous pensons que cette autonomie est à construire, et qu’elle l’est plus ou moins selon les personnes concernées, alors s’agissant des dispositifs d’accompagnement à la construction des projets professionnels des étudiants, il convient de veiller à plusieurs points :
•    Faciliter l’accès au dispositif
•    Ne pas considérer pour autant qu’un dispositif accessible de plein droit accueil tous ceux qui en auraient effectivement besoin
•    Être Vigilant quant aux étudiants qui « disparaissent dans la nature » tout d’un coup, après une tentative d’utilisation

En effet :
•    La difficulté de communiquer vers les étudiants et à faire partager un même niveau d’information entre tous est un défi difficile à relever au regard de la structuration de ce « milieu ».
•    Des dispositifs comme le tutorat ont montré que sur la base du volontariat, venaient plutôt solliciter ces accompagnements des étudiants qui n’étaient à l’évidence pas ceux qui en auraient le plus eu besoin.
•    Se dire quant à ceux qui ne viennent pas vers ces dispositifs « C’est de leur responsabilité », revient à postuler l’autonomie avant même que d’avoir essayé de contribuer à la construire.
•    Il est toujours tentant de laisser s’opérer un tri « naturel », et de se satisfaire de ne garder comme usagers d’un service que des étudiants motivés, impliqués, autonomes pour tout dire…

Ceci nous fait évaluer nos méthodes

Jusqu’où accompagner ? Comment accompagner ? Faut-il informer, relancer, aller au-devant, aller chercher les étudiants ? Faut-il sensibiliser, faut-il interpeller ?

À ce jour nos méthodes sont plutôt basées sur :
1/ L’information et la sensibilisation
2/ L’information et les conseils sur les améliorations à apporter à une démarche

Nous avions déjà évoqué ICI le fait que nous devions mettre en place des procédures qui « rattrapent » des étudiants qui à un moment donné « décrochent » d’un dispositif du fait d’une difficulté. Ceci est d’autant plus important que ce sont des étudiants usagers et qui s’avèrent éprouver des difficultés. Le maintient de l’accompagnement est donc ici décisif.

Ceci devra cependant être doublé par une seconde approche visant à renforcer l’entrée d’étudiants dans les dispositifs . La difficulté est ici l’absence de prescripteurs. Si nous prenons pour comparaison les dispositifs d’accompagnement scolaires de l’AFEV par exemple, les équipes pédagogiques sont en capacité d’indiquer les élèves ayant le plus besoin d’un tel accompagnement. Dans notre cas cette capacité d’évaluation ne peut venir que de l’intérieur même de l’utilisation d’un tel dispositif.

Il faut donc deux approches : d’une part faire entrer, indistinctement, le plus grand nombre possible d’étudiants dans ces dispositifs, et d’autre part essayer de faire de l’étudiant son propre prescripteur, en proposant des indicateurs pouvant alerter les étudiants sur leur éventuelles difficultés.

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