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Quel sens pour les statistiques d’insertion des jeunes diplômés (1) ?

26 avril 2010

De nouvelles obligations légales concourent à renforcer la production de différentes statistiques sur les parcours d’insertion des étudiants issus de tel ou tel domaine de formation, de tel ou tel niveau, etc. De telles données existent depuis longtemps, mais une attention toute particulière leur est portée depuis quelques années.

La production de ces données est notamment conçue comme devant apporter des éléments d’information aux étudiants et à leur famille pour améliorer leur choix d’orientation.

Ces statistiques présentent notamment les différences de temps de chômage lors des trois premières années post-diplôme, le type de contrat (CDD, CDI, Intérim, etc.), les niveaux moyens et médians de salaire, etc. Parfois apparaissent aussi les intitulés des postes occupés et avec eux, un taux de correspondance des emplois occupés avec le « référentiel métiers » de tel ou tel diplôme.

Questions

Raisonnons par l’absurde : Si des statistiques apparemment « mauvaises » pour un diplôme ou un domaine de formation apparaissent, cela veut-il dire que les étudiants doivent s’en détourner ? Si telle était la signification de ces outils statistiques, alors les autorités institutionnelles devraient elles-mêmes en tirer les conséquences et fermer ces formations, ou à tout le moins instaurer un numerus clausus à leur entrer. Or, ces mêmes institutions ne le font pas. Donc, le sens de « mauvaises » statistiques doit être autre.

Nous parlons ici de « mauvaises » statistiques car c’est implicitement la lecture que suggèrent ces outils. L’usage qu’il est très tentant d’en faire consiste à comparer les principaux indicateurs, en considérant qu’un temps de chômage plus long, un niveau de salaire inférieur, un taux d’emploi précaire plus élevé, sont le signe d’une « mauvaise efficacité en matière d’insertion professionnelle » de telle ou telle formation.

Cependant, nous pouvons noter que n’apparaît pas, à notre connaissance, de questionnement sur la coïncidence entre l’emploi occupé et le projet personnel du jeune diplômé, ou sur l’appréciation que porte au moment de l’évaluation le jeune  diplômé sur sa situation professionnelle, qui peut apparaître en décalage par rapport à un référentiel métier affecté à un diplôme, ou même par rapport à son projet personnel initial, et pour autant très bien lui convenir.

Sur ce dernier point, les études du CEREQ qui indiquent que près de 50% des diplômés de l’enseignement supérieur travaillent hors de leur domaine de spécialité nous semblent pouvoir donner lieu à des analyses plus diverses que la traditionnelle ritournelle sur l’inadaptation des diplômes aux emplois disponibles. Nous avons notamment pu évoquer ICI, à l’occasion de la publication d’une étude du Centre Européen pour le Développement de la Formation Professionnelle, l’urgent besoin non pas tant pour les formations de s’adapter toujours plus aux besoins à un instant t du marché du travail, mais pour les entreprises et le marché du travail en général de se rendre beaucoup plus capables de comprendre, d’identifier et de valoriser les compétences très nombreuses qui restent non mobilisées. De la même manière le dossier du dernier numéro de la revue Vie Universitaire analysé ICI comportait un certain nombre de témoignages de responsables d’entreprises qui pointaient les limites de la recherche de la parfaite coïncidence entre formation et emploi.

Dans une certaine mesure, les outils statistiques qui sont fortement développés aujourd’hui ne sont-ils pas implicitement porteurs de cette vision ?

Donner du sens à ces chiffres

Ces études, ces chiffres, sont utiles, à condition de ne pas « les laisser parler tout seuls ». Il nous semble que des outils de lecture, d’interprétation, devraient être beaucoup plus systématiquement donnés aux étudiants et à leur famille avec ces statistiques.

Quelle place ces informations doivent-elles prendre dans un choix d’orientation et dans la construction d’un projet professionnel ? À quel moment et comment doivent-elles intervenir ? Doivent-elles « interdire » d’aller vers une formation ou bien mettre en garde et inciter à tester fortement ses motivations, engager à une démarche de professionnalisation (par exemple en réalisant des stages volontaires pendant son cursus), de recherche d’un double cursus pour à la fois augmenter les chances de succès ainsi que les possibilités de réorientation ? D’autres statistiques sont-elles des garanties de succès ? Nous voyons bien que ces informations ne peuvent pas être déconnectées de l’ensemble des autres éléments qui concourent à former des choix d’orientation et de construction d’un projet professionnel. Comment alors les y intégrer, comment savoir le sens qui peut leur être donné ?

C’est pour approfondir ces réflexions qu’Interfaces Compétences organise vendredi 30 avril une matinée d’échange entre les responsables du SCUIO-IP de l’université d’Angers, de l’ONISEP et du CARIF-OREF. Nous ne manquerons pas de vous rendre compte du contenu de ces réflexions dans une prochaine note.

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2 commentaires leave one →
  1. 18 mai 2010 14:09

    Tout à fait intéressant et bonne introduction à un débat. Un des problème des enquêtes statistiques, c’est qu’il n’y en existe pas pour les diplômés 2008 et 2009, les diplômés de la crise !

    15 chroniques sur l’insertion :
    http://histoireuniversites.blog.lemonde.fr/2010/05/10/insertion-15-chroniques/

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