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Stages hors cursus vs stages volontaires. Le retour…

17 mai 2010

En septembre 2009, nous avions interpellé le Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche à l’occasion d’un début d’avancement sur la question de l’interdiction des stages dits « hors cursus ». Notre préoccupation portait, et porte toujours, sur le fait qu’il ne faudrait surtout pas, de notre point de vue, qu’une législation ou réglementation visant à interdire aux entreprises de recruter dans le cadre juridique du stage des jeunes diplômés, rende en même temps impossible la pratique des stages volontaires pour les étudiants.

Nous évoquions ICI ce que nous pensions de cette possible et regrettable confusion, et nous présentions ICI la réponse que nous avait adressé le ministère.

Du nouveau

Une proposition de réglementation a été présentée la semaine dernière au Comité de suivi des stages et professsionnalisation des cursus universitaires. Ce comité est notamment «  Une force de propositions nouvelles, innovantes, pour améliorer et renforcer le lien entre les universités, les étudiants et le monde du travail. Ces propositions ont un double enjeu : elles doivent concerner à la fois l’accueil des étudiants dans l’entreprise, et l’intégration du passage en entreprise dans les cursus, la professionnalisation de ces cursus, que ce soit au travers de stages, de l’apprentissage, d’un accès possible au contrat de professionnalisation pour les étudiants ou à toute autre forme de scolarité en alternance. Au total, votre champ de compétence doit s’étendre à l’ensemble des relations de l’étudiant avec le monde du travail. », selon la présentation de ses missions.

Plusieurs organisations ont fait part de leur mécontentement quant aux dérogations qui sont prévues dans cette première rédaction.

Le texte présenté stipule que les stages doivent être intégrés au « cursus pédagogique » de formations délivrées par les établissements d’enseignement supérieur. « Leur finalité et modalités sont définies » et « il font l’objet d’une restitution de la part de l’étudiant donnant lieu à une évaluation ». Les dérogations critiquées concernent le fait que selon le projet, des stages pourront aussi concerner: des formations pour permettre une réorientation, les formations complémentaires pour favoriser l’insertion professionnelle et des « périodes de césure pendant lesquelles l’étudiant suspend temporairement sa présence dans l’établissement pour exercer d’autres activités ».

Le problème n’est pas le « hors » cursus mais le « post » cursus

Nous avons pu avoir un échange de vues avec Julien BAYOU, fondateur du mouvement Génération Précaire, qui a fortement sensibilisé l’opinion publique à cette question et qui participe aux actuelles discussions. À cette occasion nous avons pu constater notre convergence d’analyse sur la nécessité d’interdire les stages « post » cursus, mais de préserver la possibilité des stages « volontaires » pendant les années d’études.

Cet échange nous a particulièrement intéressé car il nous apparaissait que le problème était particulièrement mal posé, alors même que les situations qui posent problème semblent quant à elles faire l’objet d’un très large consensus.

Le vocable de stage « hors cursus » ouvre la porte à une confusion entre la situation d’un(e) étudiant(e) qui fait volontairement un stage sans rapport évident, immédiat, avec sa formation, et un(e) jeune diplômé(e) qui réalise un stage long et faisant appel à toutes ses compétences après la fin de sa formation, à défaut de se voir proposer un emploi.

L’intérêt des jeunes diplômés ne doit pas être contradictoire avec celui des étudiants.

Qu’un(e) étudiant(e) en philosophie souhaite réaliser un stage en ressource humaine ou en marketing, qu’un(e) étudiant(e) en droit souhaite réaliser à temps partiel un stage de veille juridique pour une entreprise, qu’un(e) étudiant(e) en informatique veuille se confronter à une démarche de formation des personnels d’un service dans le cadre d’un stage volontaire pour appréhender la relation de travail avec des non spécialistes, etc., autant de démarches qui ne rentreront pas dans le cadre d’un stage obligatoire, mais dont l’utilité, la pertinence, pour l’étudiant(e) qui souhaite les entreprendre est incontestable.

Renvoyer tous les stages au « cursus pédagogique » et prévoir une « évaluation » systématique nous semble présenter des dangers évidents de restriction du libre choix par les étudiants de la construction de leur projet professionnel.

Alors que nous souffrons d’une incapacité de notre système de formation à ménager des espaces d’expérimentation, de prise de risque, pour les étudiants, de droit à l’erreur en proposant des démarches qui seraient « hors évaluation », prendre le risque de faire disparaître cet espace de libre construction de son expérience et de son projet professionnel que constitue la pratique du stage volontaire va à l’évidence à l’encontre de l’intérêt des étudiants.

Alors que 50% des diplômés du supérieur travaillent hors de leur domaine de spécialité de formation (Cf. étude du CEREQ), faire comme si à tel ou tel diplôme correspondait des parcours d’insertion précis et un ensemble de métiers arrêtés, ce qui justifierait de maintenir les étudiants dans la plus grande proximité possible, dans toutes leurs expériences professionnalisantes, avec le cœur de leur formation, est une dangereuse illusion.

Contribution à une solution

Plusieurs éléments nous semblent pouvoir être des points d’appui tant pour résorber la pratique des stages « post » cursus que pour laisser la libre possibilité des stages « volontaires » pour les étudiants.

•    La durée des stages.
Les offres proposant des stages d’un an à plein temps peuvent-elles raisonnablement correspondre à une pratique de stage ? À l’évidence une durée maximale devrait être envisagée.

•    Une rémunération minimale & progressive avec la durée.
La question de la rémunération des stages est délicate. Dans le cadre de la formation, la qualité et l’intérêt d’un stage pour un(e) étudiant(e) ne nous a jamais semblé être fonction de son indemnisation mais de la qualité des missions proposées, de l’intégration dans la structure, de l’accompagnement, etc. Cependant, une rémunération minimale à partir de deux mois de stage semble appropriée. Une progressivité minimale de cette rémunération selon le nombre de mois de stage pourrait également être cohérente avec l’idée d’un apport plus important de l’étudiant(e).

•    La réalité du suivi d’une formation & l’analyse des expériences de stages
La possibilité pour un étudiant d’effectuer un ou plusieurs stages volontaires devrait être accordée de plein droit. Cependant, tant pour éviter à tout étudiant de s’égarer dans une démarche qui ferait passer le suivi de sa formation au second plan que pour lutter contre des inscriptions de complaisance accordées par certains « organismes de formation », une attestation de suivi des cours devrait accompagner toute convention de stage volontaire.
Par ailleurs, une démarche d’évaluation nous semble problématique, comme évoqué plus haut. Par contre, un retour d’expérience et une démarche d’analyse d’un tel stage volontaire, réalisés par exemple avec un conseiller « projet professionnel » du SCUIO ou BAIP de l’université, pourrait être obligatoire pour pouvoir bénéficier du droit à une nouvelle convention de stage volontaire.

Nous allons dès cette semaine adresser à nouveau ces analyses et propositions au Ministère de l’enseignement supérieur et au Comité de suivi des stages et à ses membres.

Si vous souhaitez vous associer à cette démarche, n’hésitez pas à prendre contact avec nous : contact@interfaces-competences.fr.

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