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Quel sens pour les statistiques d’insertion des jeunes diplômés (3) ? Entretien avec le Professeur Pierre DUBOIS : Statistiques, choix et anticipation.

24 mai 2010

Monsieur Pierre DUBOIS est sociologue, ancien chercheur au CNRS et professeur des universités, ancien responsable de l’observatoire de l’insertion de l’université de Marne la Vallée, et rédacteur du Blog Histoires d’Universités. Nous prolongeons à l’occasion d’un entretien avec lui notre réflexion entamée ici et ici, sur la question du sens et des usages possibles, pour et par les étudiants, des statistiques d’insertion des jeunes diplômés.

Les conditions du sens, et donc des usages !

Le professeur DUBOIS considère que quatre grands critères doivent être réunis pour fonder la légitimité et l’utilité de telles enquêtes.

1/ Aller dans le détail. Il faut que les enquêtes soient menées au niveau de chaque diplôme de Licence, et de chaque spécialité de Master. Des approches trop générales cachent des disparités très importantes et ne peuvent alors pas avoir de sens pour un choix d’orientation pour un étudiant.

2/ Le timing de l’enquête par rapport à l’entrée sur le marché de l’emploi. Questionner des jeunes diplômés sur le marché du travail depuis six mois, condamne souvent à obtenir des chiffres assez mauvais en terme d’insertion, sauf chez les ingénieurs. De plus, selon que la fin de formation est intervenue en juin ou en septembre, les diplômés interrogés sont en fait dans des situations significativement différentes au moment de l’enquête. À l’inverse, un questionnement trente mois après l’obtention du diplôme apparaît trop tardif, notamment aux yeux des étudiants auxquels ces données seront proposées par la suite. La période idéale apparaît donc aux environs de dix-huit mois après la validation du diplôme.

3/ L’importance du taux de réponse. Comme il faut des enquêtes par diplôme ou spécialités, les effectifs questionnés sont donc souvent limités. Il est donc très important pour que les statistiques aient un sens, d’obtenir des taux de retour très élevés. Sur des promotions de quelques dizaines d’étudiants, des taux de réponses inférieurs à 80% relativisent considérablement la prétention représentative des statistiques produites.

4/ Il faut publier ces informations avec des répertoires d’emplois précis. Distinguer la situation des filles et des garçons, analyser selon les âges, indiquer les fonctions, types de contrats, le salaire net, la durée de travail, la localisation et le type d’employeur.

Engager les étudiants à anticiper !

Indépendamment de ces statistiques, l’expérience du Professeur DUBOIS lui fait souligner la particulière importance de l’anticipation par les étudiants de la phase de transition de la formation à l’emploi. Cela est tout à fait nécessaire pour réduire autant que possible l’éventuelle phase de chômage, qui peut s’avérer destructrice.

C’est pourquoi il conseille aux étudiants de dernière année d’entrée dans une démarche de veille, de repérage, de prise de contact, régulière, avec le marché de l’emploi, dès l’entrée dans leur dernière année de formation. Puis, à partir du mois de décembre, commencer à envoyer quelques candidatures, de manière à prendre conscience de l’exigence et de l’ingratitude de l’exercice. Enfin, dès mars, s’engager dans une recherche active d’emploi, en parallèle de la fin de formation et du stage de fin d’étude.

Cependant, son expérience toujours, lui fait reconnaître a grande difficulté à insuffler de tels comportements d’anticipation.

Ceci nous fait prolonger notre questionnement.

L’orientation par l’échec, qui caractérise encore particulièrement notre système de formation, et qui a comme corollaire la valorisation des parcours scolaires d’excellence, porte en elle les germes d’une passivité des élèves et étudiants sur la question des choix et plus encore de l’anticipation. Les choix sont souvent subits, et certaines formes de scolarité réussies portent les étudiants sans que ceux-ci aient beaucoup de question à se poser.

Et l’idée n’est pas très éloignée que cette orientation détermine aussi la qualité de la formation et du diplôme vers lequel vous êtes envoyé, au regard de leur pouvoir d’insertion sur le marché de l’emploi. Aussi, un étudiant a-t-il réellement le choix entre plusieurs formations aux taux d’insertion significativement différents ? Ou-bien a-t-il le choix entre plusieurs formations avec des taux d’insertion finalement assez proches, à l’intérieur du choix beaucoup plus important et contraignant que lui a indiqué notre système d’orientation – sélection ?

Il n’est qu’à voir l’incompréhension du système face à des étudiants qui choisissent une formation dont la qualité (toujours au regard des « garanties » d’emplois qu’on lui accorde) est significativement moindre que d’autres auxquelles ils auraient droit d’accès selon les critères d’orientation – sélection.

Comment assurer aux étudiants qu’ils peuvent vraiment prendre en main, peser significativement sur leur avenir, et donc sur leur projet professionnel, au-delà du travail scolaire et universitaire qui leur est demandé ? La réponse à cette question nous semble un préalable incontournable pour pouvoir envisager de donner un sens et un usage à des statistiques d’insertion, aussi fiables soient-elles.

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