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Échanges entre étudiants : une source de connaissances et de réflexivité

21 juin 2010

Pour aborder la question des ressources cognitives et réflexives que peuvent constituer les échanges directs entre étudiants, nous nous appuierons sur les travaux par Renáta Varga, Maître de conférences à l’université Lille 3, qui a participé pendant 6 ans à un projet de recherche intitulé Pratiques Collectives Distribuées d’Apprentissages sur Internet (PCDAI), mené par les laboratoires GERIICO et TRIGONE. Nous nous appuierons plus particulièrement sur trois de ses articles, « Écrire pour comprendre l’expérience de stage » , « Évolution des usages d’une plate-forme collaborative » , et « Échanges en ligne entre pairs, quels facteurs d’influence ? » , ainsi que sur l’entretien que nous avons eu avec elle.

Quelques aspects des travaux de Renáta Varga

Dans le cadre de ce projet de recherche, un dispositif numérique pour l’encadrement des stages et la rédaction des rapports de stage a notamment été développé pour une formation en communication de l’université Lille 3. Nous pouvons citer trois objectifs de la démarche suivie :
– optimiser et structurer le suivi de stages ;
– favoriser l’apprentissage collaboratif par l’accompagnement entre pairs.
– inciter les étudiants à approfondir leur réflexion pendant leur stage par la rédaction d’écrits intermédiaires ;

Les bilans annuels réalisés pendant ce projet sur l’appropriation et l’utilisation du dispositif mettent en avant le très fort intérêt des étudiants pour ces modalités différentes de suivi d’une part, et d’échanges d’autre part. Même s’il a fallu un peu de temps pour que les étudiants s’émancipent des relations traditionnelles de suivi, de rapport à leur tuteur, des relations pédagogiques classiques, de nouvelles formes d’interactions, de réflexions, d’échanges et de regards croisés sont apparues.

Ainsi, des questions d’ordres différents (intégration dans l’entreprise, vie quotidienne autour de l’entreprise, intérêt du stage, élaboration du mémoire, etc.) ont fait l’objet de restitutions, de questionnements, d’échanges et de confrontations.

La dynamique a supposé la mise en place d’un cercle vertueux. La demande des étudiants était claire :  avoir accès aux analyses, réflexions et expériences des autres. Cependant, ils n’ont pas franchi facilement l’étape de la contribution. L’enseignante tutrice a donc dû inviter, inciter, les étudiants à commencer à produire, plutôt que d’attendre que d’autres le fassent avant. Cette implication de la tutrice, comme un ensemble d’analyses que nous ne développerons pas ici concernant des questions d’ergonomie, d’organisation, de fonctionnement des outils, met en avant la nécessité d’organiser ces échanges. Il ne s’agit pas de parier sur leur spontanéité et auto-organisation.

Par contre, une fois engagés, ces échanges permettent d’initier des relations inédites entre étudiants. Émerge la capacité à s’apporter des regards croisés, des formes de critiques et de conseils. Alors même que les étudiants eux-mêmes font part dans un premier temps de leur réticence à se mettre en situation de porter un regard, un jugement, des conseils, sur les expériences et travaux d’un autre, la nature des échanges les amène à faire cela sous des formes adéquates à leurs précautions.

De plus, cette situation d’échange contraint chacun à intervenir sur sa propre expérience, ses propres questionnements. Le dispositif mis en place propose à tous des supports pour, et en même temps incite chacun à une démarche réflexive..

Ceci nous fait penser que…

Comme nous avions eu l’occasion de l’évoquer ICI, il nous semble que l’accompagnement des étudiants à la professionnalisation pourrait s’appuyer sur de telles situations d’échanges entre eux dans un cadre quelque peu formalisé et guidé.

Cette expérience menée pendant six ans conforte cette idée et identifie des apports cognitifs et réflexifs pour les étudiants engagés dans une telle démarche. Cette expérience met également en évidence la nécessité de structurer, de suivre et de guider ces échanges.

À ce sujet, il nous semble qu’une telle plate-forme Web de suivi des étudiants en stage et d’échanges entre eux pourrait s’enrichir de témoignages / interviews d’étudiants qui seraient précisément réalisés pour alimenter la plate-forme de contenus, nécessaire pour dynamiser les échanges. Ainsi, par l’intermédiaire d’une parole de « pairs » travaillée dans le cadre d’une interview, les tuteurs pourraient assurer leur présence indirectement.

Par ailleurs, une ou plusieurs rencontres physiques des étudiants participant à un tel groupe, pendant la durée du stage, dans le cadre d’un temps d’échange oral, nous semblerait un complément intéressant. D’une part, cela permettrait de sortir du cadre scriptural pour engager les échanges dans la dynamique et l’interactivité spécifiques des échanges oraux. D’autre part, cela pourrait renforcer le sentiment d’appartenance à un groupe, et renforcer ainsi l’utilisation de la plate-forme.

Plus globalement, de telles méthodologies peuvent s’appuyer sur des caractéristiques aujourd’hui fondamentales de la construction de la sociabilité des adolescents et jeunes adultes, à savoir la relations entre pairs. Nous avions pu évoquer cette question ICI sous l’angle de la perception de l’entrée dans l’âge adulte.

De nombreux travaux de sociologues contemporains ont pointé ce phénomène massif d’évolution de la construction de la sociabilité. L’arrivée des outils Internet n’a fait qu’accentuer cette dynamique en lui offrant des moyens très performants. Ainsi, l’échange entre pairs est aujourd’hui le moyen privilégier de la construction de soi et de son rapport au monde à la disposition des adolescents et jeunes adultes. Cependant, des études sur la nature de ces échanges mettent en évidence des « normes », des « caractéristiques » très précises qu’il convient de prendre en compte pour essayer de construire des lieux qui pourraient s’appuyer sur cette dynamique d’échanges.

Ainsi par exemple, il a pu être mis en évidence dans l’étude des contenus des blogs et des échanges via les réseaux sociaux, une forte « éthique de la discussion », qui se caractérise notamment par une logique de la « face », que nous avons retrouvé évoquée dans l’analyse des échanges entre étudiants, notamment dans des moments de regards croisés et d’appréciation sur les autres, dans l’article « Échanges en ligne entre pairs, quels facteurs d’influence ? ». Cette logique de   « figuration » renvoie à des codes de respect très lourds, et plus fondamentalement au fait que les échanges entre adolescents et jeunes adultes sont presque toujours vécus sur un mode très personnel, et non institutionnel. Ainsi, porter un jugement, une appréciation, sur l’expérience, le travail, le propos, d’un autre, demande à la fois un effort pour s’y autoriser, et de plus des trésors d’habileté oratoire pour trouver les mots justes qui ne seront pas susceptibles de faire « perdre la face » à l’autre. Dans les analyses faites par Renáta Varga sur les échanges entre étudiants, cette problématique est clairement apparue.

Cette problématique croise par ailleurs celle plus générale du rapport des étudiants à l’évaluation. Là aussi, de nombreuses études pointent leur hyper sensibilité à cette question. La structuration des parcours scolaires, la place et le fonctionnement de l’évaluation / sélection, sont telles que le rapport à l’évaluation est très mal vécu. Ceci se répercute au-delà de la période de formation, et nombre de managers et DRH notent une difficulté croissante pour trouver les formes acceptables d’évaluation par les jeunes collaborateurs.

Ces précautions ne font en définitive que souligner l’intérêt de ces méthodologies d’accompagnement des étudiants dans un cadre contributif et collaboratif. En plus des apports cognitifs et réflexifs déjà évoqués, les étudiants participent ainsi à l’élaboration des formes d’échanges, de croisement des expériences, et d’évaluations qui en résulteront, qui seront acceptées et donc efficaces, ce qui peut permettre aux tuteurs aussi de s’approprier ces nouveaux « codes ».

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3 commentaires leave one →
  1. 23 juin 2010 11:09

    a été un article que j’ai aimé. Merci pour le partage.

  2. obougou obou permalink
    8 décembre 2010 23:18

    cool

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