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Les « exigences » étudiantes à l’aune du renouvellement de la défense des droits ?

8 novembre 2010

Dans son récent livre Après la crise, le sociologue Alain Touraine propose une analyse non pas conjoncturelle mais profondément structurelle de la crise économique que le monde connaît depuis près de trois ans. Celle-ci est analysée comme le moment de bascule d’une évolution à l’œuvre depuis plusieurs dizaines d’années, et qui a vu progressivement l’économie se détacher du social.

Longtemps, les acteurs sociaux étaient d’abord et avant tout des acteurs du fait de leur position et de leur implication dans les processus économiques et de production. L’État avait une capacité d’action comme régulateur des conflits et jeux de forces entre ces différents acteurs. Mais en quelques dizaines d’années, sous l’effet de la mondialisation et de la financiarisation extrême de l’économie, l’ensemble des acteurs sociaux se sont trouvés de plus en plus sans prise sur celle-ci. Et dans un deuxième temps, ce sont les États eux-mêmes qui ont petit à petit perdu de leur capacité d’intervention, car le conflit sur lequel ils avaient prise s’est dissout.

Face à ces évolutions historiques, Alain Touraine pointe ce qui lui apparaît comme l’enjeu essentiel : la fin des acteurs socio-économiques classiques, et l’apparition, face au monde financier et économique mondialisé qui contraint directement les conditions de vie de tout un chacun, d’un mouvement, encore diffus mais lui apparaissant comme la relève des anciens acteurs sociaux, de revendications multiples de droits fondamentaux. Il ne s’agit plus là d’un combat au sein des mécanismes de production, comme cela a été le cas de manière déterminante et structurante pendant toute l’air industrielle, mais d’une montée du « sujet ».

Des exigences fondamentales non institutionnalisées et portées individuellement

Alain Touraine décrit la montée en puissance, partout dans le monde, d’une exigence de respect de droits fondamentaux, d’une exigence de dignité, d’une demande de reconnaissance, etc.

Nous avions au l’occasion d’évoquer la manière avec laquelle de nombreux étudiants dont nous réalisons des interviews sur leur première expérience en milieu professionnel, formulaient des critiques non pas dans le « langage » du droit du travail, des revendication salariales « classiques », mais sur le mode de la reconnaissance de leur dignité, sur le mode de l’exigence du respect de droits fondamentaux, qui ne renvoient pas spécifiquement aux modes de production, aux conditions de travail, mais à des aspects plus « fondamentaux », dans les relations, les comportements, les valeurs, etc.

À cet égard, il nous semble que bon nombre d’étudiants et de jeunes diplômés confrontent les entreprises et les employeurs en général à cette nouvelle forme de demande de droits, moins institutionnalisée, ne passant que très rarement par les courroies habituelles du droit du travail ou d’organisations syndicales, mais par des exigences « éthiques » portées par chacun(e).

En cela, les analyses d’Alain Touraine nous semblent compléter et renforcer celles que nous avons déjà pu relayer dans diverses notes sur les nouveaux enjeux « culturels » de l’intégration des jeunes générations en entreprise, tout en considérant que ces exigences ne sont jamais qu’un peu plus visibles chez les plus jeunes, mais qu’il s’agit là d’évolutions à l’œuvre dans l’ensemble de la société.

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